Perspectives sur l'utilisation des TI en éducation au Québec

2015-06-04

Depuis plus de 10 ans, le groupe de travail québécois sur les normes et standards pour l’apprentissage, l’éducation et la formation (GTN-Québec) s’appuie sur les travaux des groupes internationaux d’élaboration des normes et soutient les acteurs du milieu de l’éducation pour favoriser l’implantation de pratiques exemplaires d’interopérabilité.

Le GTN-Québec est d’avis que l’utilisation des normes et standards s’avère incontournable pour maximiser les investissements publics et les usages des différents acteurs du système. L’enjeu d’un tel positionnement, non seulement pour le GTN-Québec, mais aussi pour le gouvernement et les institutions d’enseignement, touche à la pérennité des investissements dans le déploiement de services et de contenus éducatifs, notamment en favorisant leur interopérabilité et leur accessibilité. Ce parti pris rejoint d’ailleurs la position prise par l’UNESCO en faveur des ressources éducatives libres et de l’utilisation des TI pour démocratiser l’accès à la connaissance.

Dans un rapport d’étude publié en 2014, le GTN-Québec identifie les tendances majeures au niveau technologique et des pratiques, - l’infonuagique, les données, la mobilité et l’éducation ouverte-, puis il esquisse un modèle d’écologie d’apprentissage. Cette analyse permet ensuite de dresser une liste des enjeux et des opportunités.

Au terme de ce tour d’horizon de l’utilisation et des perspectives de développement des TI au sein du réseau de l’éducation québécois, il appert qu’au-delà des seules recommandations technologiques, une perspective d’ensemble est nécessaire pour que des actions structurantes viennent consolider les initiatives existantes. En clair, une stratégie numérique globale, qui encadre les technologies comme les usages, les pratiques et les principes les guidant, est aujourd’hui nécessaire pour que le réseau de l’éducation s’inscrive dans le paradigme émergent de la société numérique.

Plus particulièrement, le GTN-Québec désire soulever un certain nombre d’enjeux qui, pour plusieurs, forment également de véritables opportunités pour mettre en place les conditions favorables à une intégration cohérente et efficace des TI en contexte pédagogique. Si les normes et standards permettent de répondre à un certain nombre d’enjeux quant à l’usage des TI, cet usage se doit d’être replacé dans le contexte des pratiques pédagogiques, de même que leur cadre institutionnel. Ces considérations, qui engagent évidemment plusieurs acteurs, demandent une bonne part de concertation, ainsi que des positionnements publics dépassant les prérogatives du GTN-Québec.   

Développement des contenus

La multiplication des contenus éducatifs numériques, notamment avec l’arrivée du manuel numérique, bouleverse le processus d’édition et leur validation. Les possibilités offertes, notamment dans la foulée des ressources éducatives libres, quant à l’autoédition de contenus pédagogiques permettent une capitalisation inédite sur l’expertise des professionnels de l’éducation. Néanmoins, cette avenue implique d’abord le développement  des compétences numériques des acteurs concernés (les formateurs en premier lieu, mais aussi les acteurs qui les soutiennent, par exemple les bibliothécaires pour le référencement des ressources), de même qu’une infrastructure (par exemple des plateformes collaboratives) qui peut soutenir leurs efforts et promouvoir des communautés de pratiques.

D’autre part, tout positionnement éventuel pour le développement de ressources éducatives libres au sein du réseau de l’éducation ne pourra faire l’économie d’un arrimage à l’édition commerciale, qui produit d’ores et déjà la majorité des ressources d’enseignement et d’apprentissage. L’arrimage du modèle d’affaires de l’édition commerciale à la réalité émergente de la production de contenu au sein du réseau public demande une réflexion englobant tous les acteurs concernés.  
Un autre élément incontournable de la problématique des contenus pédagogiques numériques touche aux droits d’auteurs applicables, tant sur les ressources existantes (notamment privées et qui ne peuvent, à ce jour, être facilement fragmentées ou même réutilisées) que sur celles qui pourraient être développées par les acteurs du système. À cet égard, il importe de souligner que les dispositions actuelles des conventions collectives et de la majorité des politiques institutionnelles perpétuent le modèle du droit d’auteur fermé. Un éventuel positionnement des instances publiques pour des licences ouvertes (Creative Commons) pour les contenus développés avec des fonds publics pourrait néanmoins favoriser un changement de culture à cet  égard, tant pour les institutions d’enseignement que pour les producteurs de contenu (les formateurs, notamment).

Reconnaissance des acquis

L’éclatement des modèles de formation qui s’observe actuellement ouvre un chantier de réflexion quant à la reconnaissance des acquis dans un contexte de formation continue, d’éducation ouverte et de compétences acquises de façon non traditionnelle. La sanction traditionnelle des acquis voit aujourd’hui son monopole brisé par les communautés de pratique et même le secteur privé quant à la reconnaissance des compétences. Des initiatives comme les badges de compétences offrent une voie de développement quant à une reconnaissance élargie des acquis, notamment en dehors des institutions d’enseignement et des parcours d’apprentissage formel.

Gestion de l’identité

L’utilisation de différents dispositifs technologiques (ENA, services partagés et services externes) par les apprenants et les formateurs comporte un fort potentiel d’interaction qui doit faire l’objet d’une réflexion sur la mise en place – et les enjeux – d’un identifiant unique. Cette fédération d’identité permettrait de suivre de plusieurs façons le parcours d’un apprenant par l’analyse de ses traces d’utilisation, mais pose aussi des questions quant aux balises à instaurer pour la protection de sa vie privée.

Gestion des données

Plusieurs enjeux touchent à la gestion des données publiques, à commencer par leur pérennité. La pérénité des données publiques ne peut être assurée que grâce à des formats (ouverts) de données permettant de les dissocier d’une plateforme en particulier et d’en assurer les migrations technologiques futures. Les standards d’accessibilité constituent un autre enjeu qui permet, cette fois, l’accès universel aux données et aux connaissances qu’elles portent, notamment pour les clientèles handicapées, tout en favorisant l’affichage multiplateforme des contenus.

Plus largement, la question de la propriété des données engage à la fois une réflexion sur les droits applicables aux données publiques et développées soit par l’État, soit en partenariat public-privé. Plus précisément, l’utilisation de plateformes commerciales (infonuagique, plateformes d’analyse des traces d’utilisation) pose la question de la propriété des données hébergées et de l’opportunité, dans certains cas, de réfléchir au développement de plateformes indépendantes et adaptées aux prérogatives du milieu de l’éducation.

Analyse des traces d’utilisation

L’analyse des traces d’utilisation comporte un grand potentiel pour optimiser le suivi du parcours académique des étudiants, mais aussi un non moins grand potentiel de glissement dans l’interprétation des données, voire la protection de la vie privée des étudiants. Il est donc essentiel que des guides et balises soient établis concernant l’analyse des données éducatives qui soient claires pour l’ensemble des intervenants et respectueux des prérogatives professionnelles de chacun.  


Perspectives sur l’utilisation des TI en éducation. Pierre Drouin, Pierre-Julien Guay, Marc Ouimet, Marc-Antoine Parent. GTN-Québec, 2014.
Lire l’intégralité du rapport d’étude